Dominique Barbéris -
La femme-pluie
Romancière et enseignante en stylistique, son thriller parisien les Kangourous (Gallimard/lArpenteur) a été adapté au cinéma par Anne Fontaine dans Entre ses mains.
Elle a fait ses études dans le 5 e , au lycée Louis-le-Grand. Elle enseigne aujourdhui de lautre côté de la rue, à Paris-IV, et vit tout près, depuis bientôt quinze ans. Ne pas sy tromper : « Je suis une provinciale, plus lente, plus attachée à la réalité des choses, au climat. A Paris, on est protégé. » Le climat est un personnage dans limaginaire de Dominique Barbéris. Surnommée « la femme-pluie », parce que la pluie inonde ses romans. Elle la peint comme chaque chose, avec la précision dun maître hollandais. « Comme si, pour lexprimer, pour la représenter, il fallait arracher la matière du monde à des pans entiers de mystère » , écrit-elle dans « les Kangourous » (2002), le roman dont est tiré le dernier film dAnne Fontaine, interprété par Benoît Poelvoorde et Isabelle Carré. La réalisatrice na pas gardé, comme théâtre de cette histoire de femme en proie à sa fascination pour un meurtrier, le trouble Paris de Barbéris. Seul regret de la romancière, qui a trouvé le film « remarquable » . Ce Paris hitchcockien que lon retrouve quand elle évoque son quartier du 5 e , « un peu retiré, comme le jardin des Plantes. Comparé au Luxembourg, très beau, très arrangé, il y a dans ce jardin des zones abandonnées, des endroits cassés, vous y voyez des gens errer, peut-être en raison de la proximité des gares. »
Dans son dédale de petites rues ne vivraient que des étudiants, « puisque lété, le quartier se vide ». Le mélange se fait selon les classes dâge. Ce lieu millénaire dont seul « le nettoyage » évoque la modernité lui plaît : « La façade du lycée Louis-le-Grand me sidère toujours, car je lai connue tellement noire... » Passé le Luxembourg, « quand la rue Gay-Lussac devient la rue Claude-Bernard, quand elle devient plus triste, quelle senfonce en descendant, jai limpression quon est loin de lactivité de la ville, de son centre : il redevient possible de rêver » . Sil y a bien une chose qui ne la faisait pas rêver, cétait Paris 2012. Elle était à Athènes pour louverture des JO : « Jai trouvé oppressante cette atmosphère, cette affluence. Cest peut-être méconnaître les retombées économiques, mais je crois que Paris peut faire tellement mieux pour son rayonnement culturel
»
Thomas Renou
Ses lieux
Ciel mon Paris !
« On voyait le sommet de la tour Eiffel comme si cette portion de ciel avait été dessinée spécialement pour des touristes japonais. Lydia Kaddish le contempla avec reconnaissance. Cest le ciel de Paris, se dit-elle, un ciel célèbre. Et le ciel parut soudain plus précieux et plus rare, le ciel de Paris calme et lent comme le fleuve Niger, où de grands crocodiles sournois glissaient entre létroit briquet de la tour Montparnasse et la Seine. »
« Ce qui senfuit » (nouvelles), de Dominique Barbéris, Gallimard/lArpenteur.
Dominical
« Librairie ouverte le dimanche matin, cest agréable dy passer après le marché de la rue Mouffetard. »
LArbre à lettres,2, rue Edouard-Quenu (5e) ; 01-43-31-74-08.
Étrange
« Ce salon de thé, tenu par une dame qui a des cages avec des oiseaux, est très familial, très anglais. »
Caramelle, 6, rue de lArbalète (5e) ; 01-43-31-59-88.